La sagesse pratique | Synopsis du 17 mars 2008

Université populaire de Caen, Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray

« La sagesse pratique »

 

  1./ L’IDEAL & LE REEL :

a) Le Monde : souci de « la pratique de la vie »

b) Kierkegaard : et sa chaumière habitable

  • Contre le château inhabitable de Hegel.

c) L’idéal inatteignable du Monde (le moi nouménal)

  • La sagesse pratique des Aphorismes (le moi empirique).
  • Mieux vaut un homme réellement sage
  • qu’un saint, un génie ou un héros inexistant…
  • Viser la vie la plus agréable possible

d) Aphorismes : « Cette étude pourrait s’appeler également l’eudémonologie. Ce serait donc un traité de la vie heureuse ».

e) La vie de Schopenhauer :

  • Une vie d’homme libre :
    • Pas de femmes / enfants / famille / Pension alimentaire…
    • Pas de patron / métier / Supérieur hiérarchique
  • Son souci ? Gérer son capital pour l’otium – écrire son œuvre.
  • Théorise sa pratique de cette sagesse pratique.

2./ LE VIEUX CHANTIER EUDEMONISTE :

a) Mépriser « ce que l’on a » , « ce que l’on représente »

  • Se polariser sur « ce que l’on est ».

b) Relecture des sagesses antiques et orientales.

c) Vers 1830, travaille à un cahier d’aphorismes, maximes, sentences

  • Prélevées lors de ses lectures, traductions
  • Titre : L’art d’être heureux.
  • Influence de Baltazar Gracian dont il traduit l’Oraculo manuel.
  • 50 propositions dans les deux livres.
  • Citations, références, reprises du jésuite espagnol.
  • Comment vivre heureux dans un monde où rien ne nous y invite ?
  • L’art d’être heureux sera recyclé dans les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, intégré ensuite dans les Parerga et paralipomena.

3./ L’ART D’ETRE HEUREUX :

a) Eviter deux écueils :

  1. L’excès d’ascèse :
  • Renoncer à soi : le sage stoïcien et le sage bouddhiste…
  1. L’excès de cynisme :
  • Le « machiavélisme » avec autrui

b) Le métaphysicien enseigne le fatalisme

  • L’empirique « l’éducation de soi-même ».

4./ CONTRE L’HÉDONISME VULGAIRE :

a) Le concept de « philistin » :

  • Dans l’argot des étudiants : « qui n’a pas fréquenté les universités »
  • Pour Schopenhauer un bourgeois englué dans le réel.

b) Son rapport au monde : futile et mondain :

  • Le philistin ignore les besoins intellectuels
  • Son horizon : le champagne et les huîtres.
  • Satisfait indistinctement tous ses désirs
  • Fasciné par l’inutile : théâtre, jeux, courses, bal, cénacles, sorties mondaines, collection de femmes, vins, table, voyages.
  • Sec, morne, triste, il ignore l’émotion
  • Se réfugie dans la vanité ou le snobisme

c) Son rapport à autrui : opportuniste et intéressé :

  • Obsédé par la richesse, le rang social, l’influence, le pouvoir
  • Cherche à augmenter sa surface sociale
  • Sa zone d’influence mondaine, sa richesse, sa puissance, sa visibilité.

5./ L’HEDONISME PHILOSOPHIQUE :

a) Contre ce que l’on a et ce que l’on paraît : ce que l’on est

  • Etre au centre de soi.
  • Au milieu du dispositif de sa vie philosophique.

b) Qu’est-ce que l’on est ?

  • Son tempérament, son caractère, son intelligence, sa force, sa beauté, sa santé.
  • Pour le savoir : examiner ce que l’on a été
  • Pour extraire des lignes de force.

c) Premier exercice spirituel : l’examen de conscience

  1. Cf. le « Connais-toi toi-même »
  • Réflexion : étymologiquement retour sur soi.
  1. Avant sa récupération chrétienne :
  • Bilan sur :
    • Ce qu’on a été, pas été, mal été, bien été
    • Ce que l’on a fait, pas fait, bien fait, mal fait
    • Ce que l’on a dit, pas dit, mal dit, bien dit
  1. Tirer des conclusions pour préparer l’avenir
  • Hors culpabilité chrétienne
  • Propédeutique à une sagesse à venir.

d) Deuxième exercice spirituel : écrire un journal intime

  • Cf. Marc-Aurèle et ses Pensées pour moi-même.
  • Et la construction d’une « forteresse intérieure »
  • Noter progrès, stagnations, reculs
  • Mesurer l’écart entre décisions et réalisations
  • Viser la réduction de l’amplitude
  • Détailler l’évolution du chantier de la construction de soi.

e) Une éclaircie féministe ?

  1. Notre capacité au bonheur est relative à ce que nous sommes
  • De quoi découle ce que nous pouvons
  1. L’intellect permet de s’affranchir de la volonté
  2. Or l’intellect est un don de la mère :
  • Empiriquement, le salut est rendu possible par le don de la mère…

6./ RECETTES DE PHILOSOPHIE HÉDONISTE :

Loin de la voie rude de la contemplation, de la pitié, de la négation du vouloir

  • La voie douce d’une sagesse de bon sens populaire :

1. La santé :

  • Le bien le plus important
  • On lui doit les 9/10èmes de notre bonheur
  • On ne jouit pas positivement de la santé
  • Mais on pâtit négativement de son absence.
  • N’attendons pas de la perdre pour en jouir
  • Jouir de ne pas souffrir.

2. La diététique :

  • Préserver la santé, l’acquérir ou l’augmenter.

A. Exercices physiques :

  • 2 heures de marche en plein air par jour
  • Pas plus de 3 h de travail intellectuel
  • Repos, détente
  • Bains froids.

B. Eviter excès et débauches :

  • Pas d’émotions violentes et pénibles.
  • Eviter tracas et ennuis
  • Vivre une vie modeste et tranquille.
  • Eviter les importuns
  • Fuir les délinquants relationnels.
  • Viser au maximum de solitude
  • ne dépendre de rien ni de personne
  • Le génie se mesure à la capacité d’être seul.

C. Dormir :

  1. Le bonheur est affaire de représentation
  • La représentation est affaire de cerveau, ganglion, système nerveux
  • Le sommeil restaure les forces
  • Il suspend la tension de l’état de veille.
  • Plonge dans un état végétatif réparateur.
  • Débarrassée de tout souci venant de l’extérieur,
  • la volonté travaille intérieurement à la réparation des forces de l’être.
  1. Le sommeil guérit.
  2. La quantité de sommeil est relative à la qualité de l’individu.
  • Plus le cerveau est développé, plus le sommeil est nécessaire.
  • L’enfant dort beaucoup : il fortifie son être
  • Le vieillard dort peu : son être fatigué accumule la fatigue
  • Or il faut de la force pour dormir.
  • L’animal dort peu
  • Le génie dort beaucoup : Montaigne, Descartes, Kant.
  • Dormir sans excès.

3. L’arithmétique des plaisirs :

a) Sacrifier un plaisir s’il se paie d’un déplaisir.

b) Rechercher non pas les plaisirs positifs

  • Mais vouloir l’évitement du déplaisir comme plaisir.

4. Habiter pleinement l’instant présent :

  • Carpe diem contre nostalgie et peur du futur.
  • Jouir du pur présent de l’être des choses et du monde.

5. Renoncer à l’avoir :

a) Quiconque se possède peut se dispenser de tout.

  • Réduire l’avoir au nécessaire vital.

b) Désirer un objet c’est entrer dans le manque douloureux.

  • « Le désir ne tient jamais ses promesses ».
  • Moins on désire, plus on jouit, car moins on souffre

c) Le pauvre ? Celui qui désire plus que ce qu’il peut satisfaire

  • Qu’il existe des riches pauvres : ils veulent toujours plus et sont frustrés
  • Et des pauvres riches : ils ne manquent de rien.

d) L’argent :

  1. Ne pas le désirer pour lui-même,
  • Mais pour ses potentialités : loisir et liberté
  1. Passer sa vie à devoir la gagner, c’est passer à côté de sa vie.
  2. Pas trop d’argent ; pas trop peu non plus
  3. L’accumuler ou affecter de ne pas en avoir : deux façons d’en être l’esclave.
  • Avoir assez d’argent pour ne pas souffrir d’en manquer.

e) La famille :

  • A éviter dans tous les cas.

6. Renoncer au paraître :

  • Le sage se moquera de ce qu’on pense de lui.
  • Craindre l’avis des autres, c’est augmenter ses angoisses, ses peurs.
  1. Critique du duel
  2. Critique de l’honneur : bourgeois, national, mondain, national, sexuel, chevaleresque.
  3. Critique de la gloire, de la vanité, de l’orgueil.

7. L’eumétrie :

a) Viser la bonne distance :

  • Toute compagnie mutile

b) Un être est d’autant plus sociable qu’il est faible, impuissant, limité, incapable de vivre dans sa propre compagnie

c) La fréquentation des autres produit des désagréments.

d) Techniques :

  • S’isoler dans une assemblée
  • Ne pas donner son avis quand tout le monde le donne
  • Voir mais ne rien voir ; entendre mais ne rien entendre ; ne rien dire.

e) Pratiquer la société comme un feu de cheminée :

  • Ni trop proche : on s’y brûle
  • Ni trop loin : on a froid.

f) L’allégorie des porcs épics :

  • Trouver la bonne distance : la politesse.
  • Politesse du désespoir ?
  • Définition habituelle de l’humour…
  • Finir sur le sourire du Bouddha…

 Bibliographie :

  • Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie, PUF
  • Schopenhauer, L’art d’être heureux, Seuil
  • Baltasar Gracian, Manuel de poche d’hier pour hommes politiques d’aujourd’hui, Editions Libres Hallier
  • Benito Pellegrin, Ethique et esthétique du baroque, Actes Sud
  • Pierre Hadot, La citadelle intérieure. Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, Fayard
  • Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Garnier Flammarion