La sagesse des sauvages | Synopsis du 10 décembre 2007

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray

10 décembre 2007 | Thoreau # 4

 

« La sagesse des sauvages »

Synopsis :

  

1./ LES SOURCES DE THOREAU :

a) Non pas les philosophes

  • Mais cite Socrate, Diogène, Montaigne avec plaisir

b) Mais les naturalistes, botanistes, minéralogistes

c) Et la pensée orientale.

d) Revendique non pas les classiques de la philosophie :

  • Mais des figures alternatives :
  1. Le Bûcheron, le Chemineau, le Marcheur, l’Indigent, le Paysan, le Pêcheur,
  2. Le Brahmane aussi
  3. Et l’Indien.

2./ CONTRE L’EUROPE :

  • Tourne le dos à l’Europe intellectuelle :
    • Grecs et Romains sont gens de terre ancienne et lointaine,
    • Séparés du sol natal
    • Invite à « marcher vers l’ouest » pour des contrées inédites

3./ POUR LES INDIENS :

a) Extase matérielle avec des pointes de flèches

  • Cf . les extases de bibliothèque d’Emerson

b) Désir ancien, jamais réalisé, d’un livre sur les Indiens.

c) Une « race éteinte » à cause d’une Amérique à laquelle il faut tourner le dos.

  • Sagesse des sauvages : plus sages qu’on le pense ; moins sauvages qu’on le dit.
  • Dans Plaidoyer pour John Brown : parle de « crime contre l’humanité » pour qualifier la politique esclavagiste.

1./ L’INDIEN :

1./ ELOGE DE LA PRECISION DE LEUR VOCABULAIRE :

  • Large lexique sur la nature, la navigation, le climat
  • Cf. la multiplicité des mots pour dire les parties du canoë.

2./ ELOGE DE LEUR FACON DE SE NOURRIR :

a) Les civilisés mangent des aliments frelatés

  • Nourritures de batterie et d’élevage, tuées en abattoirs,
  • Gloutonnerie

b) Les indiens des aliments naturels et symboliques :

  • Force, énergie, puissance, vitalité
  1. La moelle crue des animaux 
  2. Les pointes fraîches et tendres des bois de cervidés
  • Cf. Remus et Romulus.

c) Dans Marcher :

  • Les prétendus sauvages ont « devancé les chef cuisiniers de Paris ».
  • Eloge des « toniques et des écorces qui revigorent l’humanité »
  • Invite à couper le thé d’infusion de sapin ciguë ou d’arbre de vie pour tonifier les âmes saturées d’Europe.

3./ ELOGE DE LEUR SENS DE L’ORIENTATION :

a) Savent lire les informations données par la Nature :

  • Ombres, traces, branchages cassés, mousse, densité d’un feuillage, étoiles, soleil, lune, odeurs, déjections, plumes, poils, fleur, couleur de l’eau, température, transparence…

b) Disposent d’un magnétisme infaillible :

  • Ne se perdent jamais
  • Parce qu’ils font encore corps avec la nature

c) Critique de la conception chrétienne de l’homme dominant de la nature et séparé d’elle.

4./ ELOGE DE LEUR MYTHOLOGIE :

a) Passion des blancs à accumuler des objets

  • Héritages, transmissions et accumulations :
    • Cf. le ver solitaire séché dans le grenier d’un diacre.

b) « Fête des prémices »

  • Objets, vêtements, ustensiles, graines, surplus de nourriture dehors
  • Balaient leurs habitations
  • Grand feu purificateur
  • 3 jours de jeûne, abstinence de tout
  • Extinction du feu
  • Amnistie générale : les malfaiteurs peuvent revenir au village
  • 4° jour : le prêtre allume un nouveau feu
  • Les habitants viennent y chercher le leur
  • Nouveaux vêtements, nouvelles poteries, nouveaux meubles…

5./ ELOGE DE LEUR RAPPORT A LA SOUFFRANCE :

a) Ne se plaignent jamais

  • Cf. Sur le grill des jésuites, les Indiens donnent des détails pour raffiner les supplices…

b) Les blancs créent leurs maladies :

  • S’intoxiquent avec leurs nourritures
  • Avec leur mode de vie stressant
  • Avec des envies frustrées qui génèrent la mélancolie

c) Les Indiens pratiquent la Médecine préventive :

  • Botanique, décoction
  • Fortification du corps par la nourriture saine

6 ./ ELOGE DE LEUR RAPPORT AU TEMPS :

a) Pensent le temps spatialement :

  • Avant/hier ; ici/présent ; là-bas/demain
  • Signifient le temps par des gestes : derrière, devant, sur la tête.

b) Célèbrent et habitent l’instant pur

  • Vivent dans le présent.

2./ LE BÛCHERON :

a) Emerson , Les hommes représentatifs, sous titre : Les surhumains.

  • Platon, Swedenborg, Goethe, Napoléon
  • Les « hommes de l’univers » : quintessencient les forces éternelles.
  • Incarnent la transcendance.

b) Les héros de Thoreau :

  • Souris et marmottes, oiseaux et poissons, fourmis et nénuphars…
  • L’immanence d’inconnus restés simples au contact direct de la nature.

c) Portrait d’un bûcheron de 28 ans :

  1. Personnage de Homère
  • Lâche son chien sur une marmotte qui fait son repas
  • Porte une écorce de chêne blanc pour soigner un malade
  • Les oiseaux viennent se poser sur lui quand il mange
  • Corps solide : vie saine, jamais fatigué
  • Ame simple et vraie
  • Vêtements sobres, mais utiles
  • Travaille juste pour vivre
  • Pratique son métier avec art : coupe bien, comme il faut, ce qu’il faut
  1. Thoreau aime :
  • Son calme
  • Sa simplicité
  • Son goût de la solitude
  • Sa frugalité
  • Son rire
  • Sa vigueur physique
  • « Sa gaîté était pure »
  1. Thoreau aime aussi le développement de son côté animal :
  • Sa force, sa rudesse, sa robustesse
  • Son développement spirituel quasi nul
  • Sa formation morale réduite au catéchisme
  • Ne joue aucun rôle
  • Humilité réelle, non construite
  • Sait lire et écrire, mais est incapable de formuler une seule de ses pensées
  • Voit l’homme sage comme un demi-dieu
  • Est impressionné par l’écrivain et le prédicateur
  • Ecrit son nom, ou celui de sa paroisse, sur le sable ou la neige
  • Un homme lui demande s’il voulait voir le monde changer :
    • Répond : « Non , ça va bien comme ça »
    • Ses livres : un almanach et un livre d’arithmétique
    • Aux questions posées :
      • Réponses simples, sages, de bon sens, posées, pratiques
      • Quand il sarcle, il sarcle…
      • Ne s’encombre pas l’esprit de divagations
      • Question :
        • Souhaite-t-il apporter des changements spirituels dans sa vie ?
        • Réponse : « C’est trop tard »
  1. Conclusions de Thoreau :
  • Il existe dans les classes pauvres des génies méconnus, des talents négligés
  • Leurs qualités ?
    • Ils pensent par eux mêmes
    • Mieux : ils ne pensent rien…
  1. Un habitant de Concord voit le bûcheron dans la rue :
  • Dit que cet homme « lui donnait l’impression d’un prince déguisé »
  • Thoreau : « Un philosophe aurait pu apprendre beaucoup de choses pour son commerce ».

3./ LES BRAHMANES

a) D’où les Brahmanes – après l’Indien et le Bûcheron.

b) Lecteur des textes védiques :

  • Lit la Bagavad Gîta le matin
  • Imagine rencontrer des brahmanes en allant vers son lac
  • « L’eau pure de Walden se mêle à l’eau sacrée du Gange »

c) Car il aime :

  • Leur dénuement,
  • Leur détachement des biens de ce monde
  • Leur spiritualité
  • Leur vie philosophique
  • Leur vie non mutilée
  • Leur existence en rapport avec le cosmos
  • Leur anti méthode allégorique

 Bibliographie :

  • Emerson, Hommes représentatifs. Les surhumains, Georges Crès
  • Thoreau, Marcher, suivi de Promenade d’hiver, Terradou/Cedep
  • Gérard Deledalle, La philosophie peut-elle être américaine ? Jacques Grancher
  • Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Plon
  • Pierre Clastres, Chronique des indiens Guayakis, Plon